roman livre 2 (66)

Le blackout sembla durer une éternité quand enfin la liaison se rétablit entre le ciel et la terre. L’architecture Alien s’était déplacée et un rayon de lumière ténu tombait à même la piste. Couché sur le flanc dans la pénombre, les pâles tordues comme des baleines de parapluie après un coup de vent, l’auxiliaire de gendarmerie agonisait. Pauvre insecte habitué à se poser avec la délicatesse d’un papillon ! La portière du cockpit restée ouverte pendait de guingois, la vitre fracassée. Autant de dégâts et encore d’autres à mentionner sur son carnet de lésions. La coupure de son système électrique avait évité l’embrasement ; toutefois une odeur prégnante de kérosène donnait matière (hautement inflammable) à inquiétude.

– Tout le monde recule ! ordonna le pilote. Ça peut exploser!

Sly pour qui ces vapeurs étaient sans reproche, s’avança vers la passerelle ascensionnelle. Ses yeux brun-foncé brillaient d’une sérénité inédite, celle d’un être qui savait ce qu’il allait trouver là-haut. La fin d’un voyage, le début d’un autre. Arrivé au pied de la colonne pourpre que sillonnaient une myriade de bulles pareilles à celles d’une boisson gazeuse, il se retourna. Ses frères d’équipée lui avaient emboité le pas sans réaction de la part du commandant Moulin d’une passivité résignée.

Le gendarme savait vain et périlleux de tenter de les retenir. Contrarier un ramassage spatial pouvait lui valoir de se faire récupérer à son tour, et vraisemblablement à la petite cuillère. Et puis après tout, en quoi laisser embarquer les passagers posait un problème? Cela en réglait plutôt un à son sens. Il pensa à sa femme et à sa fille, seules en train de souper, loin de ce fascinant  spectacle dont ses yeux essayaient de s’imprégner. A son retour peut-être verraient-elles toujours imprimé dans sa rétine le reflet du Vaisseau-Livre? Quel beau cadeau alors !

Les Goozmes, avant de s’introduire dans le fût de lumière, adressèrent un signe de la patte à leurs trois compagnons de route.

– Merci mes amis ! leur lança Athos. Merci pour tout ! Nous ne vous oublierons jamais !

Mais Jo décida de pousser plus loin la mission de reconnaissance pour ne pas dire de gratitude éternelle envers Etienne, Yohan et Hélène. Le Bongrosum revint vers eux en trottinant  et, de toute la force de ses petites pattes, enlaça leurs guiboles chacune après l’autre avec le tendre sourire d’un chat. De la même façon, il voulut témoigner ses sentiments à Flambeau. Surpris, le cheval secoua frénétiquement la jambe avec un grognement jusqu’à se débarrasser de l’affectueux parasite. Hélène prit Jo dans ses bras et le serra fort, sa tête contre la sienne.

Le pas hésitant, d’une timidité inédite, Froggie alla chercher elle aussi sa part de câlins. Suivirent Athos, Sly, Spikey, et Orsie qui tenait dans ses bras son frère anesthésié. Etienne, sentant ces âmes assez mal à l’aise avec l’exercice des adieux, leur fit grâce de l’épreuve orale. Dévotement, il traça un grand signe de croix

– Allez en paix mes bons amis ! dit-il d’une voix étreinte par l’émotion. Bénie soit votre route vers les étoiles !

Hélène passa son bras gauche autour du cou de Yohan, l’autre autour d’Etienne, et les fit s’accroupir. Chaque Goozmes tourna la tête vers son voisin, lui prit la patte et tous ensemble, Humains et frères cosmiques, formèrent un cercle imparfait. Mais tant « pi R carré » pour les puristes de la géométrie ! L’abbé sentit la fourrure chaude et moelleuse d’Athos et de Sly contre sa poitrine. Les yeux fermés, le temps d’un instant, il se figura les vastes étendues spatiales et ses sons. D’ailleurs, n’entendait-il pas une sorte de pulsar ? Non. C’était seulement son cœur et peut-être celui de ses amis qui battait plus vite.

Ce moment de communion n’était pas de nature à émouvoir Henri Beaumont. Voir s’envoler ces passeports pour le futur et rester ici-bas toujours au point zéro ? Impensable dans l’esprit du scientifique. Il avait tant à apprendre de ces spécimens et ne voyait qu’un moyen pour les rendre coopératifs. Ni une ni deux, il ramassa la carabine hypodermique, à l’abandon sur le sentier, dans la pénombre du rayon pourpre.

L’intervention de Moulin fit dévier in extremis son tir. La fléchette alla se perdre loin de son cap initial avec un sifflement aigu. Partager un « canon » pendant le service était contraire aux habitudes du commandant de gendarmerie, a fortiori si c’était celui d’un fusil.

– Donnez-moi ça, nom de dieu ! gronda ce dernier en essayant de lui arracher son matériel des mains.

– De tels cadeaux pour la science ! haleta le professeur, les yeux exaltés. Et vous voulez les laisser partir ?

– Demandez-vous si on les mérite !

Avant que son adversaire surexcité n’eût eu le temps de porter le premier coup, son bras se détendit comme un ressort. Un direct du droit envoya l’universitaire dans les vapes. Le Volapage Solar aurait disparu au réveil d’Henri Beaumont, laissant dans l’air frais de la nuit une prégnante odeur d’ozone.

– Ce truc ressemble vraiment à un livre, se dit l’officier tandis que les pelucheuses créatures montaient vers le vaisseau.

Que disait ce livre ? Un jour peut-être, l’équipage reviendrait sur la Terre pour en faire la lecture. Un jour où nous serons prêts et à l’écoute, comprit Moulin.

 

5

 

D’un bout à l’autre de la tranche du livre-vaisseau, s’étendait la salle de pilotage. De chaque côté, sur des consoles en dessous des hublots dentelés en forme de marguerites, clignotaient une myriade de voyants multicolores.

Un être Humain adulte se serait senti engoncé dans ce cockpit longiligne, incapable de se dresser sans se cogner aux étoiles artificielles qui scintillaient au plafond. Trop petit d’espace? Juste une question d’échelle et la providence en avait justement jeté une d’échelle, éclatante de lumière, à sept naufragés en terre ferme.

Un comité d’accueil attendait ces derniers à leur sortie du sas ascensionnel. L’équipage, avec un dévouement de sages-femmes, se tenait aux petits soins de ces « nouveau-nés » de retour dans le giron maternel. A sa démarche titubante, Athos donnait impression d’avoir un verre dans le nez en plus de ceux sur son museau. Le passage par le rayon aspirant pouvait provoquer des étourdissements quand on manquait d’entrainement. Deux pattes rattrapèrent le Canidogue avant que sa trajectoire hasardeuse n’eût pris une tournure horizontale.

– Eh bien, cher professeur ! Reste avec nous !

Athos reconnut Sétinmax.

Sétinmax était le seul représentant à bord de la famille des Minourévas. Cette sorte de chat bipède au poil roux incarnait le dernier maillon d’une évolution débutée bien avant Matousalem. Ses années passées à la tête de missions sur la planète Terre lui avaient fait acquérir un savoir aussi pointu que ses oreilles dans plusieurs domaines. Il portait une combinaison de couleur beige avec un trou aménagé pour sa queue virevoltante. Le personnel navigant comptait cinq membres en plus de leur capitaine félin ; un Bizur blanc, plus grand que Sly mais moins trapu, trois Canidogues dont l’un au pelage bigarré et un Bongrosum qui s’employait à ranimer Jo.

– Faut le faire revenir à lui à feu doux, expliqua Sly au secouriste. Je vais te montrer.

Un aller-retour magistralement envoyé sonna aussitôt le glas de la sieste. La cuisine du Chef manquait vraiment de délicatesse à voir les joues cuisantes de son client à longues oreilles. Athos, de son côté, voulut rassurer Sétinmax.

– Ca va aller, le temps pour moi de retrouver le pied spatial. A ce propos, j’espère que Barny ne se réveillera pas de la patte gauche, dit-il en désignant le Jumeau toujours dans les bras de Morphée.

– Lui aussi s’est évanoui pendant l’ascension? demanda le capitaine avant de réquisitionner le Bongrosom et le Bizur. Glapito, Rugidézo, apportez des grands verres de Picolichette à nos amis. Il leur faut un remontant.

Pas de panique

Souvenirs (en grande partie fictifs) d’un devoir sur table au temps du lycée. Vous reprendrez bien un peu de potache ?

classe-1900-tournivelle

http://www.tournivelle.fr/la-classe-1900/

 

7h55 : Harnaché de mon sac à dos, je m’essouffle dans les marches. J’arrive au troisième étage. Déjà la plupart de mes camarades patientent devant la salle des DS (devoirs surveillés). Certains révisent encore. Je me garde de les imiter, à quoi ça sert ?

7h58 : Ça va mal. Je viens de réaliser qu’en fait je ne sais rien. Un génie malveillant a fait s’envoler tous mes souvenirs comme il aurait libéré tous les oiseaux d’une cage.

8h00 La sonnerie de début des cours retentit. Mes camarades sont sereins et moi, plus du tout. J’ai perdu toutes mes connaissances. Je me replonge de toute urgence dans mon classeur de SVT. Mauvaise idée, mon esprit s’embrouille.

8h01 Des chuintements de semelles de crêpe retentissent sur le lino du couloir. Notre prof arrive. Elle aurait quand même pu me faire le plaisir de chuter dans l’escalier !

8h06 La prof a trouvé laquelle des 22 clés de son trousseau ouvre la porte de la salle. Nous entrons en silence. Je choisis une table et comme par hasard elle est bancale. Trop tard pour changer de place, les autres sont déjà prises.

8h09 Alors que les copies ont été distribuées et que tout le monde est déjà à pied d’œuvre, moi je m’efforce de caler ce satané pied de table. Une feuille A4 pliée en 15 règle définitivement le problème.

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roman livre 2 (65)

A cet instant, comme si quelque dieu avait entendu sa requête, une lueur tomba sur lui. Aurore inopinée ? Pour revenir ainsi à l’improviste, le soleil devait avoir oublié quelque chose.

Mais ce n’était pas l’astre du jour.

L’intérieur de l’habitacle s’emplit d’une douce clarté violine aux nuances inouïes, éclatante sans être aveuglante. On ne plissait pas les yeux sous cette lumière, on les écarquillait toutes pupilles dilatées, on s’en faisait un bain visuel de sérénité dont la chaleur s’en allait irriguer le reste du corps.

L’illumination pourpre d’une pureté paradisiaque catapulta dans l’esprit de Moulin la question de l’existence d’un royaume céleste. Sly, en le bousculant au moment de sortir de la carlingue, l’arracha à sa torpeur mystique. Un peu étourdi, il descendit de l’hélicoptère sans plus se préoccuper des Goozmes qui tous regardaient vers le ciel.

Figé au pied de la colonne étincelante, Henri Beaumont, sentait comme des embruns de lumière caresser son visage et répandre en lui une onde de chaleur. Une odeur âcre d’ozone et de poudre brûlée, pareille à celle qui plane dans l’air durant un orage, imprégnait ses narines. S’il existait de bons conducteurs de foudre, il devait s’en trouver un particulièrement chevronné aux commandes du vaisseau d’où jaillissait le rayon.

Engourdi d’émerveillement, le professeur demeurait muet. Peut-être ses mots avaient-ils été aspirés, emportés vers le bouquin volant pour se déposer sur le papier. Car la forme de l’appareil en stationnaire au-dessus de sa tête lui évoquait  celle d’un livre d’une vingtaine de mètres d’envergure, ouvert en éventail.

L’abbé Etienne décrirait une toiture très inclinée, en suspension, festonnée d’une myriade de balises clignotantes. A l’intérieur de la structure triangulaire, pendaient des sortes de panneaux pivotants ; fins et nombreux, au moins une dizaine selon le même témoin, ornés à leur surface d’arabesques de clous scintillants. Un rayon de couleur pourpre partait du sommet de l’accent circonflexe pour retomber en cloche sur l’hélico.

Un courant d’air descendu du vaisseau souffla des promesses muettes aux spectateurs, passa ses doigts dans leurs cheveux, ébouriffa les crinières de Flambeau et Bouton d’Or. Le vent devait s’engouffrer entre les pages du livre en éventail, impuissant à les faire se balancer et leur inspirer le moindre frémissement. Comment déchirer des feuilles en acier extraterrestre? Le professeur Beaumont y entrevoyait écrit à l’encre subliminale un déplaisant message : Rendez-nous les nôtres. Ah ! S’il était possible de le biffer d’un trait de stylo rageur comme sur une copie d’étudiant.

Hélène, Yohan, Etienne, tous avaient quitté le sol, embarqués dans une envoûtante lecture dont on ne pouvait décrocher. Leur esprit, inconsciemment, échafaudait un autre rêve de voyage, à bord même de l’ouvrage statique.

Un tel appareil au-dessus d’une agglomération ferait grand bruit, se dit Moulin, sans parler de son sifflement feutré identique à celui d’une fuite d’air. En pleine forêt, les visiteurs de l’espace jouaient pour une poignée de privilégiés, y compris sans doute des habitants noctambules à plumes et à poils. Si un cerf rapportait son observation en gendarmerie, ses 250 kilos en feraient-ils nécessairement un témoin de poids ? De bois, en tout cas.

– Sétinmax ! murmura Athos, la gorge serrée. Il a vu le luminex !

L’« astronef-livre » dont Petit Prof avait conçu une partie des plans prenait depuis bien longtemps la poussière ; de la poussière cosmique, à force de bourlingages intersidéraux. Un volume dont la véritable  couverture ne sautait pas aux yeux et pour cause, celle-ci lui servant à l’escamoter aux regards et aux radars.

– Vieux camarade, sourit Sly. Ça fait plaisir de te revoir. Où te cachais-tu pendant tout ce temps ?

Convié à bord du Volapage Solar – ainsi se nommait cette bizarrerie spatiale- l’Ecureuil répondit à « lévitation ». Ses patins décollèrent lentement sous l’effet d’une loi de gravité inversée. Normalement, seul un rotor pouvait arracher du sol une telle masse. « Et pourtant il ne tourne pas » aurait pu déclarer Galilée.

– Ho bin hé, non alors ! Ma machine ! s’insurgea le pilote sorti observer le spectacle.

Un réflexe le fit se jeter sur la cloche aspirante, comme un businessman en retard voudrait rattraper un ascenseur au vol. Moulin l’intercepta dans son élan.

– Arrêtez Michonet, vous êtes dingue ! Vous voulez vous faire avaler par ce truc ?

Ledit Michonet s’éleva contre l’enlèvement de sa  libellule bleu métallisée- comment l’expliquerait-il aux assurances ? – mais sa plainte vindicative portait moins haut que l’ovni.

La puissance d’attraction du véhicule spatial inspira des sentiments mêlés de fascination et effroi à Henri Beaumont. Il sentit sa peau se couvrir de chair de poule. Une part de sa conscience voulut chercher un truc, un monte-charge invisible mais le préposé à sa lucidité le rappela à l’ordre. Tu te crois à un numéro de David Copperfield ? Tout cela est réel et le fruit d’une super-technologie venue d’ailleurs.

Le savant riva son attention sur les feuillets d’acier du vaisseau-livre reliés entre eux par une unique charnière étincelante. Tout à sa contemplation, il se fichait bien du sort de l’Ecureuil. Si les Aliens voulaient utiliser ce gros ventilo en marque page, il n’y voyait pas d’inconvénient. Tant que leur choix ne se portait pas sur un spécimen Humain.

Par chance pour l’hélicoptère, l’improbable bouquin renonça à le prendre en sandwich entre ses panneaux. Il reprit un peu d’altitude et à environ une trentaine mètres du sol se referma d’un coup sec sans un bruit. L’éclat pourpre disparut, replongeant les témoins dans l’obscurité. Un sifflement de bombe. Un fracas métallique et diabolique fit tressauter le sol, suivi d’un déplacement d’air propre à décorner Satan. Un grain s’abattit sur les spectateurs, même si le pluriel siérait mieux aux circonstances. D’irritantes particules de sable et de poussière reprirent la sortie des voies respiratoires, à coups d’éternuements et de quintes. Les chevaux affolés hennirent sans mal y penser. Puis soudain la lumière revint.

 

Clownville

sujet: Décrivez une ville imaginaire qui pourrait servir de cadre à une narration. Rédigez un texte d’une quinzaine de lignes.

 

 

Ça m’apprendrait à me faire la malle. D’autant plus que ce n’était pas la mienne mais celle d’un clown de cirque. Le saltimbanque l’avait laissé sans surveillance devant la porte de sa loge. La réputation de son sens de l’humour m’encouragea à lui faire une farce. J’emportai la malle très discrètement dans l’idée d’observer sa réaction. En attendant de voir sortir le cabriolant propriétaire, je décidai de faire une revue de ses affaires.

Mais à peine eu-je soulevé le couvercle qu’une force mystérieuse m’aspira à l’intérieur, comme de l’eau attirée dans le siphon d’un évier.

Une sacrée descente digne d’un grand huit. Au bout d’une éternité j’ai touché le fond. Assis par terre, tout étourdi, j’ai regardé autour de moi et me suis demandé alors si je n’avais pas descendu autre chose à fort degré d’alcool.

Changement de décor. Je me trouvais au beau milieu d’une rue cernée de deux rangées de maisons au style architectural à la fois étrange et familier. Les habitations avaient toutes la forme de chapiteaux de cirque, bariolés de rouge, jaune, orange et autres nuances éclatantes. Une chose semblait certaine. Je n’étais plus dans les loges du cirque et pourtant tout ici rappelait le cirque. Les barnums en enfilade bien sûr mais aussi ces odeurs mêlées de paille et de fumier, de communauté homme-bête.

La curiosité me fit m’approcher d’une des maisons-chapiteau. Sur le portail jaune, il y avait un écriteau frappé d’une mise en garde en lettres sanglantes : attention lama méchant. Un ruminant des Andes montait bien la garde avec lequel j’eus la mauvaise idée de vouloir jouer à crache-crache. Je reçus un jet en pleine figure.

-Ah, le chameau ! m’écriai-je en m’essuyant le visage. Il est malade ce lama ! Complètement malade !

Son maître entendrait de mes nouvelles. Un klaxon en plastique faisait office de sonnette. Pouet ! Pouet ! Pas de réaction. Monsieur loyal était soit absent ou souffrant et dans ce cas soignait son entrée en scène avec des médicaments. Un pâturage était aménagé tout autour de  la propriété. Au fond se trouvait un plan d’eau, sans doute à usage du lama de garde. Le cracheur continuait à me regarder, prêt à me rafraichir une seconde fois les idées. Je ne lui en donnai pas ce plaisir et décidai d’aller faire un tour dans le quartier.

Les voisins ne s’embarrassaient pas plus de massifs et parterres floraux. La moindre plantation était inéluctablement promise au saccage par leur gardien à quatre pattes. A chaque propriétaire son animal toujours plus exotique : ici  un dromadaire, là une girafe, plus loin un zébu ou un buffle… Je ne zébu bien. Il y avait même un drôle de zèbre dans la rue… A vrai dire un clown.

L’auguste portait une veste violette à gros carreaux, cintrée, assortie à un pantalon bouffant d’un jaune éclatant. Il chaussait très grand, des péniches à la place des pieds, pas amarrées mais c’était à se marrer. Le clown tenait une fleur énorme reliée à une poire à eau avec laquelle il aspergeait une voiture ; une authentique caisse à savon bariolées comme celles qui faisaient la joie des farfelus de tout âge. D’autres tacots semblables étaient garés le long de la rue. Les concessionnaires de voitures de luxe ne devaient pas faire leur beurre par ici. D’ailleurs l’avantage de rouler dans ce type d’engin, c’était qu’on ne risquait pas de beurrer le pare-brise car il n’y en avait pas.

Le clown rinçait donc la carrosserie au moyen de sa poire arroseuse dont la contenance ne semblait connaître aucune limite. Deux questions me brûlaient les lèvres.  La première : pourquoi n’utilisait-il pas plutôt le jet ? Et la seconde : où étais-je tombé ?

Je marchais à sa rencontre lorsqu’un deuxième auguste sortit d’un des chapiteaux particuliers avec une tarte à la crème dans chaque main. Il était accoutré à l’identique de l’autre: veste mauve ornée de pompons oranges, perruque grotesque, nez rond écarlate (bruni). Un tarin de rechange trônait sur le gâteau à moins qu’il ne se fût agi simplement d’une cerise. Le clown enjamba le portail de chez lui sous le regard placide de son dromadaire domestique et alla jeter l’une des deux tartes sur la boite à savon de son voisin. Ce dernier surjoua la surprise, les mains sur les hanches, moue outrancière, avant de faire pleurer sa fleur en direction de l’entarteur. Je m’attendis à voir le déclencheur d’hostilités user de sa deuxième munition crémeuse. Puis après ça l’escalade : le Tonkin, Bien Hoa, le Viet Nam version Zavatta ! Au lieu de quoi les deux lurons partirent d’un éclat de rire en se filant des grandes claques sur les genoux.

L’autre tarte fut pour ma poire. Je devais avoir l’air d’une bonne pâte, d’une vraie crème, d’où l’envie du pâtissier de me faire déguster la sienne. Pas le temps d’esquiver. Maintenant je ressemblais à Bernard Henri Levy après une rencontre avec Noel Godin. Maculé de chantilly jusqu’aux vêtements, je goutai au sucre mais pas vraiment à la plaisanterie.

– C’est malin! Très malin ! Espèce d’abruti ! m’emportai-je.

Les bouffons me regardèrent avec une moue scandalisée comme si mon manque d’humour relevait du blasphème. C’était à se demander qui d’entre nous avait commis une crème de lèse-majesté.

– Vous pouvez me dire où je me trouve ? leur demandai-je tout en ôtant des lambeaux de gâteau de mon visage.

– A Clownville, me répondit un riverain, une lueur sombre au fond du regard.

Occupé à me rendre à peu près présentable, le nez dans ma mauvaise humeur, je remarquai à peine le changement dans l’expression des clowns. Tout à l’heure hilares et maintenant la mine grave. Je mis cela sur le compte de leur sensibilité à fleur de peau. Les saltimbanques de cirque pouvaient souffler la joie comme la morosité la plus totale et je n’aurai pas été surpris de les voir fondre en larmes. Mais je n’entendais pas m’excuser de ma réaction.

– Clownville ? Et je suppose qu’il n’y a même pas de blanchisserie dans ce trou.

Sans attendre de réponse, je me mis en quête d’autres interlocuteurs plus fiables ; un policier à un carrefour qui n’était pas aux trois quart fou, ou un prêtre qui connaissait les épitres et peut-être aussi ces deux pitres derrière moi.

Mon regard repéra des points d’accroche à la réalité, la mienne de réalité, familière et rassurante. Un asphalte irisé de quelques tâches d’huiles probablement laissées par des automobiles. Les caisses à savon devaient être à moteur et coupables, pour plusieurs d’entre elle, de délit de fuite. Au-dessus de ma tête brillait un soleil radieux, le même qui réchauffait les cœurs et les corps dans mon monde. Un petit vent vicieux, piquant, hérissa le duvet de mes bras nus. J’eus la conviction que j’étais toujours sur la Terre, mais où ?

J’aperçus un clown blanc très élégant, coiffé d’un cône, assis à un abribus. A quoi pouvaient ressembler les bus, ici ? Une seule façon de le savoir : attendre le prochain. Sans doute le clown était-il à bout de patience car ses nerfs se mirent à lâcher comme autant d’élastiques au point de rupture. Si celle de son falzar venait à lâcher pour couronner le tout, cela ferait le plus pathétique des numéros. Mon dépressif entreprit l’inventaire de ses poches. Il en sortit un énorme mouchoir à carreaux, m’infligea un son de klaxon en s’y mouchant. Puis il extirpa une trompette dont il tira une note absolument déchirante, une banane et enfin un revolver qu’il braqua sur sa tempe.

– Non ! Arrêtez ! m’écriai-je.

Il pressa la détente. Un drapeau jaune jaillit du canon avec ceci d’inscrit : « pan ! » Le clown vraiment au bout du rouleau éclata en sanglots. Mon soulagement me fit le traiter d’un fameux nom d’oiseau.

– Ca va pas de faire une blague pareille ! l’engueulai-je.

C’est alors que retentit un air de fanfare. Je reconnus le circus thème music, le célébrissime hymne des clowns annonçant leur arrivéee sur scène. Les premières notes tournaient en boucle comme un 33 tours rayé. La police de Clownville se servait du thème comme sirène. Dans cet univers coloré, je trouvais ça de meilleur ton que la mélodie à deux tons, le sinistre pin-pon.

Une caisse à savon un peu particulière car surmontée d’un gyrophare tournoyant s’arrêta à ma hauteur. Au volant il y avait un clown coiffé d’un képi à grelots et à côté duquel je reconnus un dégustateur de tarte à la crème.

– C’est lui ! dit l’enfariné en me désignant du doigt. Il n’a absolument pas ri à notre numéro !

– Je vous arrête, m’annonça l’agent sur un ton très solennel. Pour défaut d’humour et outrage à la bonne humeur publique.

– Quoi ? Mais c’est pas sérieux !

Cela l’était. Mon séjour à Clownville ne faisait que commencer.

 

 

 

On peut entendre le Circus theme music vers le milieu de ce titre. BO de « Les clowns tueurs de l’espace », ovni filmique de 1988.

roman livre 2 (64)

 

Le gendarme, resté à bord de l’hélicoptère, attendit le dernier moment pour tirer  Son canon lance-filet en surprit plus d’un, à commencer par les petits assaillants. La toile s’abattit avec le sifflement d’une buse sur Commandant, Spikey et Orsie. Froggie l’esquiva de justesse en sautant de côté. Un écart en appelait un autre, cette fois vis-à-vis du code de déontologie de la gendarmerie qui stipulait bien: « les bisous c’est en dehors des heures de service ! » A sa décharge, Moulin n’était pas consentant quand Froggie lui bondit à la face.

Depuis Alien le Huitième Passager, les extraterrestres pratiquaient assez fréquemment le coup de la ventouse au grand déplaisir des Humains. Au cinéma du moins. La grenouille extraterrestre, loin de connaître le dit film, devait penser exécuter une prestation horrifique inédite. Au moins cet authentique Alien n’avait pas la peau visqueuse même si elle fournissait quand même matière au dégoût par ses pattes ventouses et sa langue fourchue et collante.

Au terme de gesticulations et grognements étouffés, Moulin se défit du pot de colle et le fit valdinguer d’un geste rageur au fond de l’hélico. La Marafrogue roula-boula sur le siège arrière jusqu’à la portière opposée. L’officier la vit ensuite rebondir en direction du pilote, avec la fulgurance d’une boule de flipper. L’homme aux commandes laissa échapper un cri en portant les mains à son crâne d’ailleurs aussi lisse qu’une boule. Il n’eut pas le temps de chasser la diablotine déjà envolée pour un autre perchoir plus stable, à savoir le dessus du tableau de bord.

Elle a failli lui faire avoir une crise cardiaque ! se dit Moulin. A cette pensée, il eut une idée. L’Ecureuil transportait le nécessaire de premier secours dont un défibrillateur portable placé en dessous du siège arrière. Sa main alla chercher l’interrupteur marche/arrêt de l’appareil. Il s’empara de la paire d’électrodes.

Froggie tournait ici et là des boutons de commande avec une délectation proportionnelle aux vociférations du navigant. Après un bref passage en revue technologique, elle lui rendit son cockpit dans l’état où elle l’avait trouvé c’est-à-dire en tout point primitif.  Elle migra de nouveau vers l’arrière

Le défibrillateur émit un sifflement en se chargeant.

 

De son côté Beaumont s’érigeait en brise-lames contre une tempête de protestation. De son point de vue, la science avait tout à gagner dans l’étude de nouvelles espèces et ces trois don quichotte qui croyaient bien agir entravaient la marche du savoir.

– Parce que jeter un filet sur des êtres vivants, ce n’est pas les entraver peut-être ? lui rétorqua Hélène du tac au tac. Alors comment vous définissez ce mot ?

 

Pendant ce temps Froggie, montée sur ressort, sautait dans tous les sens dans le cockpit ; à donner le tournis à une mouche. Déposé sur le siège arrière, Barny coulait un sommeil lourd et paisible à l’écart du jeu du chat et de la souris.

La Marafrogue tenta soudain une sortie. Dans ce laps de temps éclair, Moulin n’eut pas le temps de remarquer les flammeroles au bout de ses doigts.

Son pouvoir de pyrurgie la mettait sur le même pied d’égalité que l’Humain armé d’un fer à repasser. En fait, ce que la Goozmes prenait pour un fer à repasser- ce drôle d’objet dont Jérémy lui avait expliqué l’utilité un jour où elle fouinait dans la buanderie de la maison- se trouvait être une électrode du défibrillateur.

Moulin la contre carra in extremis à coup de décharge électrique. L’impulsion la fit retraverser toute la largeur de la carlingue et finir sa course contre une vitre.

La Marafrogue ne se releva pas de suite de ce traitement de choc. Le commandant ramassa son corps inerte, accrocha sa carabine en bandoulière puis alla prêter main forte à Beaumont. Le professeur  défendait seul son butin des griffes bienveillantes d’un jeune couple et d’un prêtre.

– Ecartez-vous ! somma-t-il. C’est une opération de gendarmerie !

Sa façon de tenir sa captive la tête à l’envers, par une jambe, attisa un peu plus la tension générale. Yohan l’interpella sans ambages, un index véhément braqué vers lui. Pied à terre, le jeune homme tenait Flambeau par la longe.

– Espèce de cow-boy ! J’vais vous apprendre à dégommer les canassons !  Celui de mon amie est couché en plein sur la piste à cause de vous !

–Ah, ça va, c’est pas la mort du petit cheval ! relativisa Moulin d’un revers de main désinvolte. C’est juste un somnifère, il se réveillera ! Lui aussi, ajouta-t-il à propos de la Marafrogue en la confiant au généticien.

– Il en manque deux, à commencer par ce spécimen ! l’informa Beaumont, le menton  levé vers Athos.

Yohan lui répondit d’aller se brosser. L’intéressé l’invita à en faire autant car un chien semait toujours plein de poils sur les vêtements.

– Se donner tout ce mal pour retrouver un « simple » chien ? C’est curieux, commenta P’tit Prof juché sur l’épaule du jeune cavalier.

– Mais il cause ! s’interloqua le commandant.

Hélène, décidée à passer la vitesse supérieure, ne lui laissa pas le temps de digérer cette réalité. Elle se saisit du filet dont quelques mâchoires fébriles éprouvaient discrètement la solidité des mailles, et le jeta sur le dos de Flambeau. S’ensuivit une empoignade entre elle et Beaumont qui voulut reprendre son chargement vivant. Comme ce dernier semblait oublier les bonnes manières, Yohan lui asséna une mise en garde avant un potentiel bourre-pif.

– Hé ! La touchez pas où ça va mal finir !

– Messieurs ! De grâce, calmez-vous ! intervint le père Etienne resté jusqu’alors en retrait.

Un coup de sifflet strident ramena le calme.

– Ca suffit maintenant où je vous embarque pour entrave à la force publique ! aboya l’arbitre, lui-même auteur d’un joli carton heureusement pas rouge sang.

Moulin savait soigner les bronchites dans le sens néologique du terme. Pour preuve, personne ne broncha tandis qu’il délestait le cheval d’un filet pas mignon dont Beaumont se vit confier la précieuse responsabilité.

– Mettez ce paquet dans l’hélico. Je m’occupe des derniers.

Sursaut d’héroïsme ou inconscience ? Jo, qui se faisait oublier dans le sac à dos d’Etienne, sortit de son refuge en toile, prêt à en découdre. Athos n’en crut d’abord pas ses yeux. Où était passé le Bongrosum trouillard et veule, le rêveur patenté, dont Sly désespérait en tirer le moindre jus? Cette nouvelle version de Jo, le torse bombé défiait de ses petits poings le gradé de la gendarmerie en se dandinant exagérément de gauche à droite. Moulin regarda mi- incrédule, mi hilare, ce lapin sorti à la fois d’un sac et, aurait-on dit, d’un cartoon.

– Je serai pas le dernier ! C’est mal me connaître car je sais me battre aussi ! fanfarona le pugiliste à longues oreilles de sa voix chuintante.

– Jo, je salue tes efforts inespérés mais tu te réveilles un peu tard, lui fit observer Petit Prof.

L’adversaire en képi amusé par cette comédie mais pressé quand même d’y mettre ne fût-ce que pour pouvoir rentrer dîner, épaula sa carabine hypodermique.

– Non ! Vous n’y toucherez pas ! décréta Hélène en se plaçant entre sa cible et lui, les bras croisés dans une posture résolue.

– J’suis donc précieux pour toi ? Dans mes bras ! s’émut le « tendre à cuire » ; et d’enlacer la jambe droite de la jeune femme avec un sourire de félicité.

Je retrouve là mon Jo, se rassura Athos. Moulin baissa son arme et d’un ton clair, posé mais ferme, livra à une mise au point.

– Ecoutez messieurs-dames, je comprends votre réaction, maintenant je fais simplement mon devoir. Ces animaux sont recherchés pour troubles à l’ordre public.

– Eux ? Des animaux ? répéta Hélène en secouant la tête d’un air affligé. Mais à leurs yeux, c’est nous les bêtes! Et les bêtes valent bien mieux que tant d’Humains. Discutez avec eux deux minutes, vous verrez.

– Excellente idée, je propose qu’on échange nos points de vue autour d’une bonne bouteille, suggéra Athos. Si on s’était trouvé sur Goozmes, je vous aurais fait goûter à de la Picolichette, un alcool de…

Un rideau noir s’abattit abruptement sur sa phrase. Le faisceau de l’hélicoptère venait de se couper, abandonnant tout ce monde à la nuit désormais installée.

 

Tout le système électronique de l’appareil était comme tombé en léthargie. Il était possible de le faire revenir à lui sur un simple claquement de doigt mais à condition de s’appeler Ma Sorcière bien aimée.

– Ben merde, v’là aut’ chose ! laissa échapper le pilote sans pouvoir mettre en marche le plafonnier.

Une silhouette athlétique, enveloppée en partie par le halo de lumière d’une lampe torche, s’avança vers le cockpit.

– Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Moulin avec un soupir exaspéré.

Il attendait une réponse claire, concise et surtout rassurante. Beaumont, dont il devinait la silhouette montant la garde près de la porte arrière de l’appareil, lui fit une très brève synthèse du problème.

– Justement plus rien ne se passe.

– Même la radio est muette, ajouta le navigant en ôtant son casque. J’y comprends rien.

Moulin se passa sa main droite sur le visage en soufflant de dépit. Maintenant la technologie se liguait contre lui.

Soudain surgit un signal. Olfactif celui-ci. L’odeur âcre de brûlé fit sursauter les poils de nez du pilote. Ca provenait de derrière lui. Il se retourna, prêt à prononcer l’annulation du départ d’incendie à coup d’extincteur. Une panne et maintenant le feu ? Si le mauvais œil pouvait en garder pour un autre jour ! Froggie avait justement rouvert les siens de quinquets. Revenue à elle, se découvrant entre les mailles d’un filet, elle s’était appliquée à faire un large trou dedans par son pouvoir thermique. Ses pattes chalumeau luisaient dans les ténèbres de l’habitacle comme les brandons d’un feu dont aucun humain ici ne comprenait la nature en dehors d’Henri Beaumont. Leur éclat incandescent raviva la sensation de brûlure sur les joues de ce dernier.

– La grenouille s’échappe !

Moulin tendit sa lampe torche au chercheur.

– Eclairez l’intérieur, vous voulez-bien ?

Beaumont pointa le faisceau sur les sièges arrière. Froggie se déroba à la lumière et, telle une balle élastique survitaminée, se mit à bondir et rebondir à un rythme endiablé dans la carlingue.

Le gendarme avec son fusil hypodermique à la main, monta dans l’hélicoptère décidé à mettre un terme à la récréation. Concentre-toi, se dit le tireur. Ça revient à viser un ballon à la fête foraine…mais dans le noir.

Un nouveau problème se fit jour dans le champ de la lampe torche. Sly avait émergé sa tête ursine du filet à la faveur d’une déchirure obtenue par force mordillements. Le reste du corps suivit, ouvrant le passage à ses congénères.

– Attention, commandant !

Moulin tira une fléchette qui frôla Sly et alla ricocher contre la portière opposée avec une sonorité métallique.

Si seulement j’avais plus un grand champ d’éclairage !

A cet instant, comme si quelque dieu avait entendu sa requête, une lueur tomba sur lui, enveloppant tout l’appareil et ses occupants. De la lumière plus qu’il ne pouvait en rêver.

Imaginaire de rien nominé aux Liebster Awards 2017

 

Merci Solène de m’avoir fait l’honneur de cette nomination.

Avec So on a créés nos blogs en même temps, c’était en 2007. Depuis, Solène a publié deux romans aux éditions Le Manuscrit:

L’orage ou la flûte, un conte générationnel où plane le fantôme de LF Céline, qui a été finaliste du prix du Premier Roman en ligne 2009

https://www.amazon.fr/Lorage-ou-flûte-SolèneVosse-ebook/dp/B005NKHBFE

 

Puis le T shirt blanc : Meetoc réel, un polar qui a pour cadre le Massif Central
https://www.amazon.fr/T-shirt-Blanc-Meetoc-réel-SolèneVosse/dp/2304028543

 

Et à venir : Souviens-toi d’oublier, un roman en ligne.

De longs extraits à découvrir ici :

https://solenev63.wordpress.com/a-propos/roman-sans-titre-en-cours-decriture/

 

 10 ans qu’on est aminautes et j’ai l’impression que c’est hier.

Mais alors les Liebster Awards c’est quoi ?

Ces nominations permettent de mettre en avant des blogs
qui se lancent dans l’aventure…

***

(Après il n’est jamais trop tard.  Notre Johnny national a reçu le prix Jean Gabin réservé au meilleur espoir masculin pour son rôle dans l’Homme du train de Patrice Lecomte…en 2003 après 40 ans de cinéma et 25 films !)

***

En principe,  ce sont des blogs  qui ont moins de 200 followers!

(Je réponds largement aux critères)

***

 

Les règles sont simples :

 

Après avoir livré 11 secrets sur soi ,

 

  • Citer la personne qui nous a nominée.
  • Répondre aux 11 questions posées.
  • Nominer 11 autres blogs.
  • Leur poser, à notre tour, 11 questions

 Pour ma part j’ai nominé 4 aminautes.

Le questionnaire tout d’abord (et sans langue de bois)

Pourquoi ce blog?

Un moment j’en ai eu marre de garder mes écrits pour moi et j’ai eu envie de partager et avoir des avis. L’aventure a démarré avec MSN Space, en 2007, déjà de la préhistoire donc. Ah, MSN avec ses smileys et ses sons tellement caractéristiques. Vous vous rappelez du wizz vibrant? C’était énervant ! Mais je me gare, revenons à nos matous. Ce blog c’est mon univers à moi, ma bulle parfois un peu maboule où vous êtes tous les bienvenus ! On  déchausse ses dents à l’entrée.

Si tu devais te décrire en trois mots…

Curieux, perfectionniste, lunaire

Les choses dont tu ne saurais te passer dans la vie…

Un lit, une table, un verre, un accès wifi… euh, on a droit à combien d’éléments ? Allez, si je devais emporter une chose sur une île déserte, ce serait un ballon de foot. Je lui peindrais un visage souriant et je le baptiserais Wilson. Bon, faut pas m’en vouloir, je me suis toujours pas remis du visionnage de Seul au Monde avec Tom Hanks. Autre chose ? Alors un livre, un crayon et du papier. Tiens d’ailleurs, vous connaissez l’histoire du papier qui tombe à l’eau et qui crie : « Au secours j’ai pas pied » ?

Ok, je sors =>

 

Si tu étais un animal…

C’est difficile à dire, il y a tellement d’espèces animales (et une seule espèce de cons, c’est déjà de trop) Un pingouin peut-être, c’est rigolo un pingouin et c’est l’animal le plus fidèle au monde à ce qu’il paraît.

 

La citation d’auteur qui te guide (ou te correspond le plus)…

Je n’ai pas de citation préférée. J’aime bien cette phrase de Voltaire : « Rien ne se fait sans un peu d’enthousiasme » Ca peut aider à motiver. Et alors si on a l’occasion de prendre vraiment son pied dans quelque domaine que ce soit, alors tant mieux!

 

Le premier livre qui t’a vraiment marqué (e), ou qui a bouleversé ta vie…

Il y a eu les contes de Grimm puis , Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, . On y trouve tous les ingrédients d’un immense récit d’aventures : du rythme, de la fantaisie, de l’humour et quelle imagination ! Et en prime une initiation à la géographie des plus vivante ! J’aurais pu citer aussi Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède  par Selma Lagerlöf. C’est un chef d’œuvre de la littérature jeunesse, là encore on voyage en première classe !

 

Le dernier que tu as lu…

Je lis en ce moment Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, un roman suédois de Jonas Jonasson. C’est un road movie assaisonné d’humour noir et absurde doublé d’une relecture décalée de l’Histoire du 20e siècle, façon Forest Gump (encore Tom Hanks, décidemment !) Ca me plait bien pour l’instant.

 

Si demain on t’offrait un billet d’avion pour la destination de ton choix, quel pays choisirais-tu?

Les Etats Unis pour visiter la région des Grands Lacs et le parc de Yosemite plus au sud avec ses séquoias géants.

 

Quelle est ta conception du bonheur?

Passer des moments avec les gens qu’on aime et se retrouver pour soi, et en ce qui me concerne cela passe par l’écriture.

 

Quelle est la qualité qui t’émeut le plus chez une femme (pour les hommes), chez un homme (pour les femmes)?

Son humour

 

A contrario, qu’est-ce qui peut être rédhibitoire, et te faire fuir…

La vulgarité.

 

Sont nominés aux Liebster Awards !

Roulements de tambour !

: Pour la grande bouffée de fleurs toutes les fois que je prends chaque fois que je pousse la porte de leur impressionnant jardin (qui n’a rien de virtuel !). On y trouve des tas de choses à butiner et des noms scientifiques de fleurs agrémentés de chouettes photos pour enrichir sa culture générale. De temps à autre, Marc nous livre aussi ses souvenirs personnels, le dernier en date porte sur le rugby, et sa plume est truculente.

 

Pour son univers féérique, comme l’indique son nom, et parce que c’est un très bon ami à moi. On a étudié à la même fac. Pierre, enseignant en Histoire, nous fait partager sa passion pour la fantasy et la science-fiction au travers des écrits de son cru. Son blog n’est plus mis à jour régulièrement (en raison d’un agenda chargé) mais il vous a laissé de la lecture !

 

Pour son parcours du combattant dans la vie de tous les jours qu’elle décrit sans fard et parce que son blog peut trouver un écho en chacun d’entre nous. Se faire reconnaître et accepter comme travailleur handicapé, n’est pas simple- et on le comprend en la lisant. Faith signifie foi et nous envoie à tous un message par sa personnalité positive. Keep faith !

 

Pour ses billets d’humeur désopilants, parce que Mimi ne garde pas Jack Lang dans sa bouche. La vie politique, l’actu sociale, la vie à la retraite, tout peut l’inspirer et elle fait mouche avec son style percutant et coloré. Les derniers billets remontent un peu, mais j’espère que cette nomination sortira son blog au bois dormant de son trop long sommeil.

 

mes questions:

Pourquoi ce blog?

Si tu devais te décrire en trois mots…

Les choses dont tu ne saurais te passer dans la vie…

Si tu étais un animal…

La citation d’auteur qui te guide (ou te correspond le plus)…

Le premier livre qui t’a vraiment marqué (e), ou qui a bouleversé ta vie…

Le dernier que tu as lu…

Si demain on t’offrait un billet d’avion pour la destination de ton choix, quel pays choisirais-tu?

Quelle est ta conception du bonheur?

Quelle est la qualité qui t’émeut le plus chez une femme (pour les hommes), chez un homme (pour les femmes)?

Si tu devais emmener un film sur une île déserte, lequel?

 

roman livre 2 (63)

Où était passé Orsie ? Se retournant, elle reconnut sa silhouette pataude dans le halo du phare de l’hélicoptère.

Repérable comme le néant au milieu de la figure, le Bizur courait au secours de Barny. Il ne laisserait personne réduire son avenir aux néons; ceux blafards d’un laboratoire. Nulle bonne âme ne serait restée insensible à cet acte de bravoure, même s’il en était un qui risquait d’être spécialement touché, au sens propre du terme.

L’insecte volant braqua son œil inquisiteur sur la créature. Il eût suffi à Orsie de plonger dans la forêt pour s’en soustraire mais sans son frère de sang, son autre-lui ? Orsie aurait préféré mille fois les flammes éternelles à une amputation aussi honteuse. Ils se sauveraient ensemble ou mourraient ensemble.

Le Jumeau n’avait aucune velléité de voyage en Anesthésie et pourtant sa carte s’embarquement lui pendait au nez. Les bottes d’équitation ne se prêtaient pas à la course à pied mais Hélène ne s’arrêtait pas à ce détail, tout à sa poursuite. Elle croyait encore possible de le rattraper. Le risque à vouloir s’interposer entre le sniper et lui était de prendre une dose de somnifère à sa place. Pas de quoi l’arrêter pour autant.

Morphée attendrait son retour dans ses draps pour lui broder des songes d’une autre étoffe que celui-ci. Une chimère, tout ça ? Si elle rêvait debout, il était urgent d’atterrir comme l’Ecureuil en travers la piste forestière.

L’hélicoptère, à quelques secondes de toucher terre, soulevait un nuage de poussière propre à balayer tous les doutes et Orsie par la même occasion, soufflé tel un fétu de paille par la force des turbines. Les patins se posèrent près du corps inerte de Barny.

Hélène plissait les yeux sous le souffle du rotor et l’éclat jaune du projecteur. Elle marcha contre vent sans se marrer, déterminée à faire repartir illico l’hélico. Quelques mètres la séparaient de Barny, elle pouvait encore arriver la première. Le vent qui jouait avec le deuxième jumeau comme d’un ballon lui fit une passe qu’elle intercepta du pied droit. Elle se pencha pour attraper la créature, la hissa sur ses épaules en se fendant d’une sage recommandation.

– Cramponne-toi à moi !

Une voix cria son nom. Elle se retourna. Yohan l’avait rattrapé, impeccable dans son rôle du cavalier surgi hors de la nuit. Ce dernier voulut avancer vers l’appareil. La météo devenait trop venteuse au goût de Flambeau lequel freina des quatre fers en secouant farouchement la tête.

Le père Etienne, agrippé d’une main à son prof d’équitation, fit signe à Hélène de s’approcher.

– Aidez- moi à descendre de selle, mademoiselle ! Je vais parler aux gendarmes !

– Trop tard, décréta Sly, le regard sombre. Ils veulent la guerre, ils l’auront ! On va aller au contact et ils s’en rappelleront du troisième type !

– Bien dit ! S’il faut se battre, Sly se battra ! clama Jo, la tête surgie du sac à dos d’Etienne.

– La Bible est ma seule arme, rappela le prêtre.

– Si t’as que ce pavé sous la main, alors vise bien ! lui conseilla Froggie, hermétique aux métaphores.

L’abbé se sentait le plus apte à intercéder en faveur des Goozmes. A coups d’extraits d’évangile, il pouvait essayer de tournoyer le poisson assez rapidement pour le faire s’envoler.

Les pâles de l’Ecureuil, dans une dynamique inverse, ralentirent progressivement leur ballet et bientôt le chuintement des turbines disparut. De même que, dit-on, le silence après du Mozart est encore du Mozart, les tympans d’Etienne sifflèrent longtemps une fois le calme retombé.

L’homme en blanc descendit à l’arrêt complet du rotor. Silhouette hiératique et anguleuse, il ne devait pas aimer avoir les cheveux dans le vent. Il ne lui restait pas grand-chose à décoiffer d’ailleurs, sur son crâne largement dégarni. Sa blouse immaculée ressortait à la lumière crue du phare, lui donnant l’aura spectrale d’un ange. Celui-ci s’était bagarré avec le diable et y avait laissé des plumes, à en juger au bandage au coin de sa tête. C’est du moins ce que pensa Etienne quand Henri Beaumont descendit d’hélicoptère.

A la vue du scientifique, ses  potentiels cobayes n’eurent pas l’impression d’ange, ni d’un soleil levant ou couchant, mais de la plus obscure des nuits.

Le visage émacié de Beaumont rayonnait d’excitation. Entre les extraterrestres et lui courait un malentendu qui devait se régler dans l’intimité froide de son laboratoire. Le chercheur ne leur voulait pas de mal. Il voulait juste des réponses et ne laisserait rien ni personne l’empêcher d’arriver à ses fins, surtout si près du but ; ni un curé, ni l’armée qui inévitablement au nom du Renseignement voudrait le mettre sur la touche, ni les Goozmes eux -mêmes.

Un parfait spécimen d’études s’offrait à ses pieds, comme un cadeau. Plongé dans un sommeil à toute épreuve, Barny ne lui avait jamais paru si vulnérable et pourtant il eut l’impression de déranger une divinité à ses risques et périls. Aucune pointe acérée ne jaillit du sol, prête à l’empaler, mais une voix rauque le somma de reposer le Bizur.

– Hé ! Lâche notre copain !

L’injonction de Sly ne fut pas suivie d’effet. Du moins personne n’aperçut de cortège de fées, les seules créatures à voleter étaient des moustiques affolés par le phare de l’hélicoptère. Qu’à cela ne tint ! Sly se passerait de baguette magique.

Le Bizur bondit de cheval et se lança vers Beaumont tel un missile en emmenant dans son sillage  Orsie, Spikey et Froggie. Il court-circuita au passage Etienne, qui marchait à la rencontre du docteur avec la gravité d’un diplomate porteur d’un message de paix.

– Non ! Arrêtez ! s’écria l’abbé.

Sly pensait y gagner en faisant l’économie de sa salive et de la mise en garde d’un vieux sage. Petit Prof  le regarda, impuissant, se jeter avec ses compères dans la gueule du loup. Dans sa tête, pourquoi le pilote avait-il coupé au souffle à l’aéronef sinon pour les encourager à approcher? Les craintes d’Athos se vérifièrent malheureusement. Sly fit l’effet d’un attaquant de foot volant vers le but adverse sans s’attendre à finir lui-même au fond de la cage. Car Beaumont avait un garde du corps en la personne du capitaine Moulin et dont l’arsenal réservait une dernière surprise.

Le gendarme, resté à bord de l’hélicoptère, attendit le dernier moment pour tirer. Son canon lance-filet en surprit plus d’un, à commencer par les assaillants. La toile s’abattit avec le sifflement d’une buse sur Commandant et Spikey. Froggie l’esquiva de justesse en bondissant de côté. Un écart en appelait un autre, cette fois vis-à-vis du code de déontologie de la gendarmerie qui réglementait strictement ce sujet : les bisous c’est en dehors des heures de service ! A sa décharge, Moulin n’était pas très consentant quand Froggie lui sauta au visage.